Reed Jobs a perdu son père en 2011, emporté par un cancer du pancréas. Quinze ans plus tard, il dirige Yosemite, un fonds entièrement consacré à l'oncologie, et il défend une idée étonnante : les traitements amaigrissants comme l'Ozempic compteraient parmi les armes les plus efficaces jamais mises sur le marché contre la maladie. Un pari personnel autant que financier.
Un fonds dédié à l'oncologie
Reed Jobs, 35 ans, a vu sa vie basculer en 2003, quand le diagnostic de son père est tombé. L'adolescent passe alors ses étés dans des laboratoires de recherche en oncologie, étudie la médecine à Stanford, puis pilote la branche santé d'Emerson Collective, l'organisation de sa mère Laurene Powell Jobs. En 2023, il en sort pour lancer Yosemite, une société de capital-risque installée à San Francisco, avec un premier fonds de 200 millions de dollars. Le deuxième vient de dépasser son objectif de 350 millions, porté par des soutiens assez impressionnants comme Amgen, le MIT, le centre Memorial Sloan Kettering ou l'investisseur John Doerr. Une vingtaine de jeunes pousses ont déjà été financées, dont Tune Therapeutics en thérapie génique et Chai Discovery, qui applique l'IA à la recherche de médicaments.
Obésité et cancer
Dans un entretien accordé à Fortune, Reed Jobs, dont la voix et les expression faciales vous feront forcément penser à son père, qualifie les GLP-1, la famille de l'Ozempic, du Wegovy et du Mounjaro, de médicaments parmi les plus importants qu'on ait jamais vus arriver sur le marché. Ces molécules imitent une hormone intestinale qui coupe l'appétit et ralentit la digestion, ce qui permet aux personnes obèses de perdre du poids très rapidement. Et c'est là que le cancer entre en jeu, puisqu'environ 40 % des cancers diagnostiqués aux États-Unis sont associés au surpoids. Les chiffres donnent le vertige : 2,1 millions d'Américains devraient recevoir un diagnostic cette année, et la maladie tue à peu près 1 700 personnes par jour là-bas. Une étude publiée dans JAMA Oncology va dans le sens de Reed Jobs, avec un risque réduit de 17 % sur quatorze cancers liés à l'obésité chez les utilisateurs de ces traitements. Pour lui, on tient la plus grosse percée biotechnologique de ces trois dernières années.
Pas un remède miracle
Reed Jobs ne vend pas pour autant une potion magique. La perte musculaire qui accompagne la fonte des kilos est bien réelle, il la cite lui-même. Et le tabac écrase toujours tout le reste, avec 19,3 % des cancers américains contre 7,6 % pour le surpoids d'après l'American Cancer Society. Son objectif de fond est ailleurs. Il veut transformer le cancer en maladie chronique avec laquelle on vit, comme le VIH aujourd'hui, au lieu de courir après une guérison universelle qui ne vient jamais. Par chez nous, ces traitements sont devenus très concrets depuis le 15 juin et le remboursement à 65 % de Wegovy et Mounjaro, accordé sous conditions strictes d'IMC et de parcours de soins à environ un million de Français. Personne ne les prescrit pour prévenir un cancer, on en est encore loin. Mais un médicament pris par des millions de gens et qui réduit un facteur de risque pareil, ça finira par se voir dans les statistiques.
On en dit quoi ?
Reed Jobs n'a pas choisi l'oncologie par calcul. Il avait douze ans quand son père est tombé malade, et toute sa trajectoire découle de là, ce qui donne à son discours un poids que n'ont pas les grandes annonces habituelles de la Silicon Valley. Prudence quand même sur les GLP-1, les données face au cancer restent observationnelles et rien ne prouve à ce jour un effet anticancéreux direct. L'idée d'un cancer qu'on gère comme une maladie chronique, elle, tient la route. C'est moins vendeur qu'une promesse de guérison, et c'est exactement pour ça qu'on y croit un peu plus.